Parmi les premiers Français qui ont débarqué le 6 juin 1944






6 juin 1944, 7h19. Sword Beach, Normandie.
Il a 21 ans. Il s'appelle Léon Gautier, fusilier marin des Forces françaises libres. Ce matin-là, il est l'un des premiers à poser le pied sur le sable normand, descendant de la barge 523 sous un déluge de feu.
Ils sont 177 Français libres, regroupés au sein du commando Kieffer, du nom de leur chef Philippe Kieffer. Trois ans auparavant, ce dernier avait créé le 1er bataillon de fusiliers marins constitué de volontaires français, entraînés à la dure école des commandos britanniques. Léon en fait partie. Il a tout quitté, tout risqué pour en arriver là.
La traversée de la Manche a été pénible. Léon se souvient avec peu d'enthousiasme de la soupe de tortue servie aux soldats. Il avait la tête ailleurs, vers les combats à venir.
À l'aube, les côtes normandes apparaissent dans la brume. Et soudain, l'enfer.
En face, le feu nourri des Allemands depuis les blockhaus.
« Il y a les blockhaus en face, qui tirent, se souvient-il. Le truc, c'est de débarquer le plus vite possible et d'aller vers le blockhaus. Plus proche vous êtes de lui, plus le champ de tir diminue, vous voyez. »
Pas le temps d'avoir peur. Pas le temps de regarder tomber les camarades.
« On n'a pas le temps de regarder le paysage. On a un boulot à faire, on le fait. On ne pense qu'à ça. Évidemment, vous essayez de ne pas en prendre, pour la bonne raison qu'ils vous tirent dessus », racontera-t-il des décennies plus tard, avec ce calme qui lui était propre.
La Troop 8, à laquelle Léon appartient, doit s'emparer, une fois le débarquement effectué, des différents points d'appui allemands répartis sur 1,8 kilomètre le long du rivage, jusqu'au central téléphonique et au complexe défensif du Casino à Ouistreham.
Sur les 177 soldats du commando français, seuls 24 en sortiront ni tués ni blessés. Léon en fait partie, miraculeusement épargné.
Ce jour-là n'est que le début. Il participera à la totalité des 78 jours de la bataille de Normandie. Et jusqu'à ses 100 ans, il reviendra chaque année sur cette plage, portant le souvenir de ses frères d'armes.
« Nous avons eu ce privilège de débarquer le 6 juin, et de rentrer chez nous en combattant. C'est un privilège », répétait-il.
Il n'aimait pas qu'on l'appelle héros. Il disait simplement qu'il avait fait son devoir. Celui d'un jeune Breton de 21 ans qui voulait rentrer chez lui en homme libre.
Léon Gautier, né le 27 octobre 1922 à Rennes, est décédé le 3 juillet 2023 à Caen à l'âge de 100 ans. Il était le dernier survivant des 177 Français du Débarquement.
Explorissima
Crédits photos :wikimédiacommons
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