Découvrez le Phare de Goury et la force sauvage du Raz Blanchard


Le Phare de Goury, également appelé Phare de la Hague, est un phare emblématique situé à 800 mètres au large du cap de la Hague, sur le rocher du « Gros du Raz ».
Mis en service le 1er novembre 1837, il signale le raz Blanchard, l'un des courants de marée les plus puissants d'Europe, et guide les navires dans le passage dangereux de la Déroute entre le cap de la Hague et l'île d'Aurigny. Ce passage, entre le cap de la Hague et l’île d’Aurigny, est célèbre pour les violentes tempêtes et la force inégalée de ses courants.
Face à cette puissance, le phare et les paysages environnants offrent un spectacle inouï. Observer une tempête au large du port de Goury est une expérience saisissante : les flots soulèvent des barres d’écume qui font blanchir la mer, révélant une force brute et éblouissante.
Le monde du Raz Blanchard est un environnement hostile, où les vagues demeurent, même les jours de calme, rappelant la force constante de la nature. Le phare de Goury est ainsi le gardien d'une histoire sauvage et dramatique.
Automatisé en 1989, il n'est plus gardienné depuis mai 1990 et est inscrit au titre des monuments historiques depuis 2009.
Architecture
Conçu par l'ingénieur Charles-Félix Morice de la Rue, construit en granit de Flamanville et de Diélette et mis en service en 1837, ce phare cylindrique de 48 à 52 mètres de hauteur (selon les sources) est une prouesse d'ingénierie maritime du XIXe siècle. Il fut le premier phare français édifié sur une roche d'à peine dix mètres de rayon en pleine mer.
- Matériaux : La tour est construite intégralement en granit (provenant de Flamanville et Diélette), avec une maçonnerie de pierres apparentes conçue pour résister aux assauts violents du raz Blanchard.
- Dimensions : La tour cylindrique s'élève à 52 mètres de hauteur totale.
- Sa hauteur au-dessus de la mer est de 51 mètres (le plan focal se situant à 47 mètres).
- Particularités structurelles : L'édifice repose sur un vaste soubassement cylindrique formant une plate-forme accessible par un double escalier.
- Une innovation majeure de l'époque fut le déport de l'escalier d'accès sur le côté (escalier en colimaçon non centré), permettant de rendre les pièces de vie indépendantes et d'améliorer le quotidien des gardiens. La tour comporte 9 niveaux et est surmontée d'une lanterne de grande taille (4 mètres de diamètre) à trois niveaux de vitrage cylindrique.
Système d'éclairage et optique
Le phare assure une signalisation vitale avec un feu blanc à éclats réguliers toutes les 5 secondes.
- Optique actuelle : Depuis 1950, le phare est équipé d'une lentille tournante BBT (Barbier, Bénard et Turenne) à 4 panneaux au 1/4, avec une distance focale de 0,30 m.
- Source lumineuse : Une lampe à incandescence de 250 Watts alimente le système.
- Performance : La portée lumineuse est de 19 milles nautiques (environ 34,5 km).
- Mécanisme : L'optique repose sur une cuve à mercure (système BBT Ebor 2200), bien que le flotteur d'origine ait disparu.
- Le système a évolué d'un feu fixe à l'huile végétale (1837) vers un feu à éclats au pétrole (1905) avant l'électrification en 1971.





Lorsque le projet de construire le phare sur le « Gros du Raz » fut annoncé en 1834, la population locale était sceptique, voire opposée. Les habitants de la Hague répétaient que « jamais un phare ne verrait le jour en pleine mer » et que le rocher serait le tombeau des ouvriers.
Cette résistance fut telle que les travailleurs refusèrent initialement de s'installer sur le chantier. L'ingénieur Charles-Félix Morice de la Rue dut construire une estacade provisoire résistante aux vagues pour rassurer les équipes. Contre toute attente, après 3 ans de travaux dans des courants de 13 nœuds, le phare fut achevé sans qu'aucun ouvrier ne perde la vie, un exploit rare pour l'époque.
marquantes
Le phare de Goury entretient un lien insolite avec le célèbre poète Jacques Prévert. Ce dernier a vécu ses dernières années à Omonville-la-Petite, à seulement quelques kilomètres du phare, dans un cadre beaucoup plus paisible que la violence du raz Blanchard. Cette proximité a inspiré l'écrivaine Claudie Gallay pour son roman à succès Les Déferlantes (2008). Dans le livre, elle imagine un gardien de phare qui, par amour pour les oiseaux, éteint parfois la lumière pour éviter qu'ils ne s'écrasent contre la lanterne, créant ainsi un danger pour les navires. De nombreux lecteurs viennent aujourd'hui sur place pour retrouver les lieux du roman.
Le phare est aux premières loges lors des violentes tempêtes qui secouent la Manche, attirant des curieux venus admirer le spectacle des vagues s'écrasant contre la tour. Lors de la tempête Ciara en février 2020, des rafales de vent ont atteint 165 km/h à proximité immédiate (Gatteville-le-Phare), et lors de la tempête Goretti en janvier 2026, des vents de 213 km/h ont été enregistrés dans le secteur, provoquant des dégâts matériels au port de Goury.
Même par temps calme, le raz Blanchard reste l'un des courants les plus puissants d'Europe, maintenant une houle permanente autour de l'édifice.
Une anecdote naturelle surprenante s'est produite en 2013 : un sanglier a réussi l'exploit de traverser le raz Blanchard à la nage pour rejoindre l'île d'Aurigny.
Il a parcouru ainsi les 11 kilomètres de mer séparant la Normandie de l'île anglo-normande, dans l'un des courants les plus dangereux d'Europe, là où de nombreux navires ont fait naufrage.
Cette traversée improbable illustre la force de la nature animale face à un environnement réputé infranchissable.
Contrairement à la plupart des phares côtiers, le Phare de Goury est situé à 800 mètres des terres, isolé en pleine mer.
Pour l'atteindre physiquement, il n'existe que trois options : prendre un bateau (déconseillé sauf par mer très calme), y aller à pied à marée basse (extrêmement dangereux en raison des courants rapides du raz), ou... s'y rendre en hélicoptère.
Cette dernière méthode a été utilisée notamment pour les importants travaux de réfection de la lanterne en 2013, soulignant la complexité logistique de l'entretien de ce monument.

Explorissima
Crédits photos :@WikimédiaCommons, Arnaud Guérin, Valentin Pacaut, Pierrestz (https://commons.wikimedia.org/wiki/User:Pierrestz)
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